Space leaks
Voici une oeuvre qui sait exactement comment débuter afin de choper le spectateur et la spectatrice par la main et ne plus les lâcher. Nous sommes immédiatement accueillis par une mise en scène absolument éblouissante, servie par des cadrages percutants et savants : quand un papy de près de 80 balais donne encore des leçons de cinéma au monde !
Mais il y a encore autre chose qui donne à ces début des allures de perfection : car on aura durant quelques minutes cette incroyable impression de prendre le train en marche, d'assister à un film qui a commencé sans nous, quelques minutes auparavent ; extraordinaire impression pour notre cerveau qui va alors s'amuser à raccrocher les wagons en route, comprendre les tenants et les aboutissants et, surtout, ne plus en perdre une miette. Extraordianire !
Voici, donc, une manière foncièrement fraîche d'amener un sujet rebattu du cinéma de science-fiction, d'amener une intrigue que les divers trailers nous ont déjà servis sur un plateau. Spielberg saura dès lors user d'un scénario serré, resserré autour de deux intrigues, autour de 2 groupes de personnages aux pouvoirs mentaux exceptionnels. Rarement avare en surprises, Disclosure day va dès lors entretenir le mystère par un suspens ébouriffant, tant par quelques séquences d'action pure que par des dialogues avenants et rigoureux. Spielberg, ce génie des films à effets spéciaux, n'en use que parcimonieusement et, de ce fait, entretient l'impression qu'il s'agit d'une oeuvre à contenu réaliste, condition sine qua non pour rendre son film crédible, tangible, émouvant et redoutablement efficient.
Il y a d'ailleurs tout Steven Spielberg dans Disclosure day, depuis l'évident Rencontre du 3ème type pour ses aliens pacifiques et leur manière de communiquer avec nous, jusqu'à Pentagon paper et ses diffusions d'informations confidentielles et gouvernementales, en passant par Minority report pour l'aspect extra-lucides des personnages et de la technologie ; ainsi qu'une évidente passion pour tout ce qui relève de l'Histoire, sous absolument toutes ses formes. A cela s'ajoute une réflexion aboutie sur ces êtres venus d'ailleurs, et dont le design ne pouvait être autre, sur les secrets gouvernementaux -en bottant au passage le cul de ses complotistes crédules et sans cervelle et, sans doute de R. Emmerich- mais également des fameux leaks, avec une pensée toute particulière pour un certain Julian Assange. Sans ommettre quelques mots sur l'entente entre les peuples et la croyance religieuse (et on pensera ce que l'on veut de la théorie avancée...).
Le titre bien en tête, le scénario avançant à grands pas, j'avais réellement peur que fin ne matche pas, se vautre dans le ridicule d'une situation somme toute étrange en 2026 où l'IA, les fake news et les mensonges ambiants abreuvent le monde et les esprits faibles : pourtant le film délivre une immense émotion, rendant ce final doublement vibrant et tout à la fois humain. Grâce à une scène des plus réussies, excellemment écrite, et à une actrice que l'on ne verra que quelques secondes mais qui s'approprie le texte divinement.