Divisions et diversité.
Fièvre à Colombus University étudie la sociologie des facs américaines, celle de ses étudiants qui jonglent avec leurs problèmes de fric, les problème de sexisme et de masculinité toxique, de racisme, mais également ceux liés à l'histoire du pays, à sa politique, induisant des tensions communautaires toujours et encore palpables. L'immense qualité du film tient à son discours étayé et qui n'a rien de manichéen : la scène où les noirs américains vont défendre l'un des leurs, en dépit d'une élève blanche qui vient de vivre un drame, est très symptomatique.
Couplé à une passionnante réflexion sur rôle des études, Fièvre à Colombus University demeure le pamphlet sociologique qu'il était, pertinent, puissant, complexe et nuancé, où la division qui règne au sein des universités se retrouve dans toute la société américaine. Une société fragile, pensée, écrite par des blancs, montant les citoyens uns contre les autres, ne sachant contrôler ni sa violence inhérente ni ses armes à feu.
Dans ce creuset d'idées se retrouve l'émergence d'une extrême droite suprémaciste et raciste, sa réponse avec le retour en force du black power, mais également un discours féministe avant-gardiste, qui résonne fortement ("No mean no"). Il est déplorable de voir à quel point ce film est toujours d'une actualité brûlante, comme si rien n'avait évolué en plus de 30 années : pire, l'Amérique de Trump ayant même reculé sur nombre de sujets, la pauvreté et les différences étant encore plus prégnants... Désespérant.
La mise en image de J. Singleton est une perle rare, prolongeant les émotions de ses personnages jusqu'à nous via des plans étudiés et amples ; Rapaport & Epps s'imposent littéralement, les seconds rôles explosent à l'écran et la musique du film est terrible.
"Sans lutte, pas de progrès".