Les gens de "couleur".
Sitcom Vs réalité. Une télécommande magique transporte deux adolescents dans une populaire série TV en noir et blanc, dans la ville de "Pleasantville", à la perfection apparente jusqu'à l'écoeurement. Dans un monde contemporain où l’on nous fait croire
(la télévision, justement …) que tout va mal, les programmes
allègent nos souffrances grâce à des séries où
tout le monde il est beau et où tout va pour le mieux…Mais c'est un univers fictif, clôt, hermétique, asceptisé (les enfants modèles, l'absence de sexe, les paroles saines, les rues qui tournent en rond ; un univers
où il ne pleut pas et où les personnages sont prisonniers de leur rôle), un engrenage absolument parfait, sans "déviance" mais dont les rouages vont soudainement se gripper. Et le conte va virer à... la réalité.
Jusqu'à son point de non retour : l'arrivée de la couleur dans ce microcosme en noir & blanc ! Comme une allégorie puissante de l'éveil à ces sentiments qui nous font vibrer, aux émotions, aux sens, aux sensations, à la sensibilité et à l'exaltation. Finalement l'éveil à la véritable beauté de la vie, de l'art, de l'amour !
Pleasantville s'est surtout le choc brutal de deux système : celui fantasmatique des 50's et le nôtre. Métaphore du choc des générations, du changement inévitable, soulignée par une tonne d'idées ingénieuses, pêle-mêle, et des réactions extrêmes qui en découlent forcément. Malheureusement.
C'est très, très drôle, très fin, puissamment intelligent, mais ne manquant jamais d'évoquer des sujets graves : glorifiant la libération des femmes, le droit à la différence loin de la norme, le libre arbitre, la liberté de chacun, la notion de bonheur imposé par une majorité, le changement naturel. Et abominant le racisme et toutes formes de discriminations rétrogrades et ignorantes.
Histoire de se souvenir que l'Amérique soit-disante idéale des années d'après guerre était un pays aussi détestable et injuste que celui de l'apartheid en Afrique du Sud, et que le monde actuel, où tout va soit-disant si mal, est un monde bien plus évolué et juste, même si toujours imparfait, que celui d'hier. Pleasantville est un quasi chef-d'oeuvre, soulignant le ridicule de ceux qui rêvent d'un passé glorieux, qui n'a jamais existé, qui écrivent des lois mortifères, égoïstes et illégitimes.
Impossible également de passer à côté de la sublime composition musicale de Randy Newman, de la mise en scène précise et ambitieuse, d'un film picturalement somptueux et grandement inédit.
A l’heure où les sociétés s'asceptisent, tentent un retour en arrière, la réponse
de Ross est virulente : en émane une brillante analyse, une métaphore que d'aucun aurait bien besoin de revoir pour ne pas répéter sans cesse les mêmes erreurs et replonger ad vitam dans une colère haineuse et infructueuse.
NOTE : 17-18 / 20